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Rapprocher ses ventes et ses encaissements

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Rapprocher ses ventes et ses encaissements

Tu vends une veste quarante-cinq euros. Quelques jours plus tard, un virement tombe. Il n'est pas de quarante-cinq euros, il est de trente-huit euros et quarante, et il est groupé avec deux autres ventes dont tu ne sais plus lesquelles.

Multiplie par soixante ventes dans le mois, ajoute deux canaux de vente et six déposantes à qui reverser, et tu obtiens la situation dans laquelle se trouvent la plupart des vendeuses professionnelles : de l'argent qui rentre, un chiffre d'affaires estimé au doigt mouillé, et l'impossibilité de dire ce que chaque pièce a réellement rapporté.

Rapprocher ses ventes et ses encaissements, c'est faire correspondre chaque euro reçu à la vente qui l'a produit. Voici pourquoi c'est le contrôle le plus rentable de ton mois, et comment le faire en une trentaine de minutes par semaine.

Pourquoi le montant reçu n'est jamais le prix affiché

Entre le prix de ton annonce et la somme qui arrive sur ton compte, plusieurs opérations se sont produites, et chacune est une source d'écart légitime.

La commission de la plateforme et les frais de service. Ils sont prélevés à la source, selon des grilles qui varient d'un canal à l'autre et qui changent dans le temps.

Les frais de port. Selon le canal et l'option retenue, ils sont à la charge de l'acheteur, avancés par toi, ou refacturés. Dans les trois cas, ils circulent dans le montant reçu sans être ton revenu.

Les remises acceptées en cours de route. Une offre acceptée à trente-huit euros sur une annonce à quarante-cinq ne modifie pas ton annonce, mais elle modifie tout le reste. C'est l'écart le plus fréquent, et celui qu'on oublie systématiquement.

Le regroupement des versements. Beaucoup de canaux versent par lot, à date fixe, en agrégeant plusieurs ventes. Un virement unique peut donc correspondre à sept ventes réalisées sur trois jours différents.

Le décalage dans le temps. Entre la vente, la livraison, la validation par l'acheteur et le versement, il s'écoule des jours. Une vente de fin de mois est encaissée le mois suivant, ce qui déplace ton chiffre d'affaires d'une période à l'autre.

Aucun de ces écarts n'est anormal. Ce qui l'est, c'est de ne pas savoir de combien ni pourquoi, pièce par pièce.

Ce que tu ne peux pas faire sans rapprochement

Ce contrôle passe pour de la comptabilité tatillonne. Il conditionne en réalité quatre décisions que tu prends déjà, mais à l'aveugle.

Savoir ce que tu gagnes vraiment par pièce. Une marge calculée sur le prix affiché est fausse d'environ dix à trente pour cent selon les canaux. Tu peux donc croire gagner sur une catégorie de pièces qui te fait en réalité perdre du temps pour rien. Notre article sur la rentabilité par déposant montre à quel point ce recalcul renverse parfois le classement.

Savoir combien tu dois à tes déposantes. C'est le point le plus sensible. Si tu reverses sur la base du prix affiché alors que la pièce est partie avec une remise, tu reverses trop et tu travailles à perte. Si tu reverses sur une estimation basse, tu abîmes une relation de confiance. La mécanique de calcul est détaillée dans notre article sur le reversement aux déposants.

Déclarer le bon chiffre d'affaires. Ce que tu déclares dépend de ce qui a été encaissé, et en dépôt-vente, la part qui revient aux déposantes n'a jamais été ton chiffre d'affaires. Sans rapprochement, tu ne peux ni le prouver ni même le calculer. Notre article sur facturer sa commission au déposant explique quel montant est réellement le tien.

Repérer une vente qui n'a jamais été payée. Cela arrive : une commande annulée après expédition, un litige résolu en faveur de l'acheteur, un remboursement partiel appliqué sans notification lisible. Sans rapprochement, ces cas passent inaperçus pendant des mois.

La méthode, en quatre colonnes

Le principe tient en une ligne : pour chaque vente, tu dois pouvoir écrire quatre chiffres côte à côte.

Le prix affiché, celui de l'annonce au moment de la publication.

Le prix de vente réel, celui que l'acheteur a effectivement payé, remise comprise.

Le montant net reçu, celui qui figure sur ton relevé, une fois les frais déduits.

La date d'encaissement, qui n'est pas la date de vente.

À partir de là, deux différences deviennent visibles. L'écart entre prix affiché et prix réel mesure ce que te coûte la négociation. L'écart entre prix réel et net reçu mesure ce que te coûte le canal. Ce sont deux leviers différents, et les confondre empêche d'agir sur l'un comme sur l'autre.

Ajoute une cinquième colonne si tu fais du dépôt-vente : la part qui revient à la déposante, calculée sur le prix de vente réel et non sur le prix affiché.

Le rythme qui rend l'exercice tenable

C'est la seule variable qui décide si ce contrôle existe ou pas dans ton activité.

Une fois par semaine, sur un créneau court et fixe. Une semaine d'écart se corrige en dix minutes, parce que tu te souviens encore du contexte de chaque vente. Un trimestre d'écart demande une journée entière et se termine presque toujours par un abandon.

Un contrôle plus complet en fin de mois, au moment de facturer et de reverser. C'est là que tu vérifies que le total des nets reçus correspond bien à la somme des mouvements sur ton compte dédié, et que rien ne manque.

Jamais au fil de l'eau. Traiter chaque encaissement à la seconde où il arrive coûte plus cher que de traiter cinquante encaissements d'un coup. C'est le même raisonnement que pour l'expédition groupée, développé dans notre article sur expédier ses commandes en série.

Les trois écarts qui reviennent tout le temps

La remise oubliée. Tu as accepté une offre, la vente est enregistrée au prix affiché dans ton suivi, et l'écart au moment du rapprochement paraît inexplicable. La parade est de saisir le prix réel au moment de l'acceptation, pas au moment de l'expédition.

Le versement groupé mal ventilé. Un virement de deux cent quatorze euros correspond à cinq ventes. Si tu le notes en une ligne, tu perds définitivement la marge par pièce. La parade est de toujours ventiler à partir du justificatif de la plateforme, jamais de mémoire.

Le remboursement partiel. Un geste commercial accordé après réception, une pièce reprise à moitié prix, un dédommagement pour un défaut non signalé. Ces montants se soustraient d'un versement ultérieur et rendent le rapprochement du mois suivant incompréhensible si tu ne les as pas notés au moment où tu les as accordés.

Quand le tableur ne suffit plus

Un tableur fait très bien le travail au début, et il n'y a aucune raison de s'en priver tant qu'il tient.

Il décroche quand trois conditions se cumulent : plusieurs canaux de vente avec des grilles de frais différentes, des versements groupés qui mélangent plusieurs ventes, et des déposantes à qui reverser. À partir de là, la saisie manuelle prend plus de temps que la vente elle-même, et les erreurs de recopie deviennent structurelles. Notre article sur gérer son dépôt-vente sur un tableur et ses limites décrit précisément ce point de bascule.

Le sujet n'est pas l'outil pour l'outil, c'est le lien. Ce qui coûte du temps, ce n'est pas d'additionner des colonnes, c'est de retrouver à quelle pièce et à quelle déposante correspond une ligne de relevé. Un logiciel de gestion pour vendeur professionnel de seconde main tient ce lien en permanence : une fiche par pièce, son prix affiché, son prix de vente réel, le canal, la déposante et son taux de commission. Le rapprochement devient alors une lecture, plus une reconstitution.

Le suivi qui en découle est aussi ce qui alimente tes indicateurs : sans encaissements rapprochés, les statistiques de vendeur mesurent une activité approximative.

Et si le dépôt-vente représente une charge que tu ne veux pas porter, la partie encaissement et reversement peut être prise en charge de bout en bout par un service comme le dépôt-vente de vêtements en ligne, où le décompte est présenté déjà fait à la déposante.

Par où commencer cette semaine

Ne cherche pas à rattraper l'historique, c'est le meilleur moyen de ne jamais commencer.

Prends les quatre dernières semaines, pas plus. Pose les quatre colonnes. Rapproche ce que tu peux, note en face les écarts que tu n'expliques pas, et regarde s'ils se ressemblent : s'ils se ressemblent, tu viens de trouver un mécanisme, pas une erreur.

Puis bloque trente minutes le même jour chaque semaine. Au bout d'un mois, tu sauras enfin ce que chaque canal te coûte, ce que la négociation te prend, et ce que tu gagnes réellement par pièce. C'est la base de toutes les décisions qui suivent, à commencer par celle de savoir quelles pièces valent encore la peine d'être mises en ligne.

Questions fréquentes

Pourquoi le montant reçu ne correspond-il jamais au prix de vente ?

Parce qu'entre les deux s'intercalent la commission de la plateforme, les frais de service, la protection acheteur, le port quand il est refacturé, et parfois une remise acceptée en cours de route. Le prix affiché sur l'annonce n'est donc presque jamais celui qui arrive sur ton compte. C'est normal : ce qui ne l'est pas, c'est de ne pas savoir de combien, ni pourquoi, pour chaque vente.

À quelle fréquence faut-il rapprocher ses ventes et ses encaissements ?

Une fois par semaine, sur un créneau court et fixe. C'est le rythme qui coûte le moins cher : une semaine d'écart se corrige en dix minutes parce que tu te souviens encore de ce qui s'est passé, alors qu'un trimestre d'écart demande une journée entière et se solde souvent par un abandon. Ajoute un contrôle plus complet en fin de mois, au moment de facturer et de reverser.

Que faire d'un écart que je n'arrive pas à expliquer ?

Note-le, ne le laisse pas ouvert et ne l'efface pas. Un écart isolé de quelques euros n'est pas grave en soi ; ce qui est grave, c'est un écart qui revient chaque semaine, parce qu'il signale un mécanisme et non un accident. Compare la vente concernée à une vente équivalente du même mois pour isoler la ligne qui diffère, et remonte au justificatif de la plateforme plutôt qu'à ta mémoire.

Le rapprochement est-il différent en dépôt-vente ?

Il est plus critique, parce qu'une partie de l'argent encaissé ne t'appartient pas. Tant que tu n'as pas rapproché, tu ne sais pas exactement combien tu dois à chaque déposante, et un solde qui paraît confortable peut être largement constitué de sommes qui reviennent à d'autres. Fais le rapprochement avant tout reversement, jamais après.

Un tableur suffit-il pour suivre ses encaissements ?

Au début, oui. Il décroche quand trois conditions se cumulent : plusieurs canaux de vente, des versements groupés qui mélangent plusieurs ventes, et des déposantes à qui reverser. À ce stade, la saisie manuelle devient plus longue que la vente elle-même et les erreurs de recopie apparaissent. C'est le moment où un outil qui rattache chaque encaissement à sa pièce fait gagner davantage de temps qu'il n'en coûte.

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