Tu as douze déposants. Trois te fournissent l'essentiel de ton stock, deux t'envoient des messages tous les jours, et tu serais bien incapable de dire, sans y réfléchir longuement, lesquels te rapportent réellement de l'argent.
Ce flou est normal au début. Il devient coûteux ensuite, parce qu'il conduit à traiter tout le monde de la même façon : même commission, même effort, même patience. Or l'écart de rentabilité entre deux déposants est souvent considérable, et il ne se voit pas au volume déposé.
Voici comment le mesurer avec les données que tu as déjà, et ce qu'on en fait une fois le calcul posé.
Le réflexe habituel consiste à classer ses déposants par nombre de pièces confiées. C'est le pire des indicateurs.
Une déposante qui t'envoie soixante pièces de fast fashion en mauvais état te coûte du temps de tri, du temps de photo, de l'espace de stockage, et te laisse un fond d'invendus à restituer. Une autre qui t'en confie huit, toutes de marques recherchées et en parfait état, part en trois semaines et ne demande aucune relance.
La première occupe ton activité. La seconde la finance. Et sur un classement par volume, la première arrive en tête.
Ce qui décide de la rentabilité d'un déposant, ce n'est ni le nombre de pièces ni même leur prix moyen : c'est le rapport entre ce que la relation te rapporte et le temps qu'elle te prend.
Aucun n'est difficile à obtenir. Ils sont tous dans tes ventes et dans ton suivi de dépôts.
La commission encaissée. La somme de ce que tu as gardé sur ses pièces vendues, sur une période donnée. C'est le seul chiffre que la plupart des vendeurs suivent, et il est insuffisant seul.
Le taux d'écoulement. Le nombre de pièces vendues divisé par le nombre de pièces reçues. C'est l'indicateur le plus révélateur de tous : un taux faible signifie que tu as photographié, publié, stocké et suivi des pièces qui ne se vendront pas, et que tu devras restituer.
Le délai moyen de vente. Le temps entre la mise en ligne et la vente. Une pièce qui part en dix jours ne mobilise presque rien. La même pièce qui part en cinq mois occupe de l'espace, demande des relances et des baisses de prix successives.
Le temps de relation. Le plus difficile à chiffrer et le plus décisif. Nombre de messages échangés, de demandes de nouvelles, de renégociations de prix, de réclamations. Une estimation grossière suffit : classe simplement chaque déposant en faible, moyen ou fort.
Prends les six derniers mois et fais le tableau à cinq colonnes : déposant, pièces reçues, pièces vendues, commission encaissée, temps de relation estimé.
Calcule ensuite deux ratios. La commission par pièce reçue d'abord, qui te dit ce que te rapporte réellement le fait d'accepter un dépôt de cette personne, invendus compris. Puis la commission rapportée au temps de relation, même approximativement, qui te dit ce que vaut une heure passée avec elle.
Un exemple parlant. Une déposante te confie quarante pièces, tu en vends douze, tu encaisses cent quatre-vingts euros de commission : cela fait quatre euros cinquante par pièce reçue, et vingt-huit pièces à restituer. Une autre t'en confie dix, tu en vends neuf, tu encaisses cent trente-cinq euros : cela fait treize euros cinquante par pièce reçue, et une seule pièce à rendre.
La première a rapporté plus en valeur absolue. La seconde a rapporté trois fois plus par unité de travail, et elle n'a pas encombré ton stock. Sans ce calcul, tu aurais spontanément considéré la première comme ta meilleure déposante.
Une fois le tableau trié, les déposants se répartissent presque toujours en quatre familles, et chacune appelle une décision différente.
Le fournisseur régulier. Bon taux d'écoulement, peu de sollicitations, volume stable. C'est le coeur de ton activité. La décision est de le sécuriser : reversement rapide, information spontanée, et surtout ne pas le laisser partir faute d'attention. Notre article sur la fidélisation des déposants détaille ce qui les fait rester.
Le dormeur rentable. Peu de pièces, mais de belles pièces qui partent vite. Il ne pense pas souvent à toi. La décision est de le relancer : un message deux fois par an au bon moment, avant l'automne et au printemps, suffit à doubler ce qu'il te confie.
Le gros volume peu rentable. Beaucoup de pièces, taux d'écoulement faible, stock qui s'accumule. C'est le profil qui donne l'impression d'une activité qui tourne alors qu'elle absorbe ton temps. La décision n'est pas de rompre, mais de resserrer les critères d'acceptation : tu ne prends plus tout, tu prends ce qui se vend.
Le chronophage. Peu de pièces, beaucoup de messages, remises en cause fréquentes du prix. C'est le seul profil où la question de continuer se pose franchement. Avant d'en arriver là, un cadre écrit règle souvent le problème : rythme de reversement, canal et fréquence d'échange, méthode de fixation des prix.
Trois décisions découlent du tableau, dans cet ordre.
Resserrer les critères d'entrée. C'est le levier le plus puissant, parce qu'il agit avant que le travail ne soit fait. Marques, état, saison, quantité minimale : des critères explicites transforment un dépôt en sélection plutôt qu'en réception. Ils réduisent mécaniquement le nombre de pièces qui ne partiront pas.
Différencier les conditions. Rien n'oblige à appliquer la même commission à tout le monde. Un déposant dont les pièces s'écoulent vite coûte moins cher à traiter qu'un autre : il peut légitimement bénéficier d'un taux plus favorable. C'est un argument commercial autant qu'un calcul, et il se pose sur des chiffres plutôt qu'au feeling. La question du taux de commission se traite bien mieux avec ce tableau sous les yeux.
Réallouer ton temps. Si trois déposants génèrent l'essentiel de ta commission, c'est là que doivent aller tes meilleures photos, tes relances et ton attention. Le reste peut être traité de façon standardisée.
Une précision utile : un déposant peu rentable n'est pas un mauvais déposant. C'est souvent un déposant dont les attentes n'ont jamais été cadrées, ou dont le stock ne correspond pas à ce que ton audience achète. Le sujet est le tien autant que le sien.
Ce tableau est facile à faire une fois, sur un tableur, en une soirée. Il devient très pénible à refaire chaque trimestre, et c'est précisément à ce moment qu'il cesse d'être utile.
La condition pour qu'il tienne dans la durée est simple : chaque pièce doit rester rattachée à son déposant du premier jour jusqu'au reversement, avec ses dates. Sans ce lien, il faut reconstituer l'information à la main, et personne ne le fait deux fois.
C'est ce que couvre l'espace CRM et facturation de DressKare : les pièces, les ventes, les reversements et les documents restent reliés au déposant, ce qui rend ces ratios consultables au lieu d'être à recalculer. Nos articles sur le reversement aux déposants et sur l'inventaire qui reflète le stock réel complètent le dispositif.
Côté déposant, ce niveau de transparence est devenu la norme attendue : un service comme Once Again annonce ses critères et son délai de traitement en amont, et c'est ce qui évite l'essentiel des relances.
Le classement par volume donne une image fausse de ton activité. Ce qui compte est la commission rapportée aux pièces reçues et au temps consacré, invendus compris.
Quatre chiffres suffisent, sur six mois : pièces reçues, pièces vendues, commission encaissée, temps de relation. Le tableau fait apparaître quatre profils, et la principale décision qui en découle n'est pas de trier tes déposants mais de resserrer ce que tu acceptes à l'entrée. C'est là que se joue la rentabilité, avant même la première photo.
En rapportant la commission que tu as encaissée sur ses pièces au nombre de pièces qu'il t'a confiées, invendus compris, puis au temps que la relation te prend. Un déposant qui t'envoie quarante pièces dont douze se vendent te rapporte beaucoup moins par unité de travail qu'un déposant qui t'en confie dix dont neuf partent, même si le premier génère plus de commission en valeur absolue. Le volume déposé est l'indicateur le plus trompeur du lot.
Il n'existe pas de norme universelle, parce que le taux dépend de tes catégories, de tes prix et de ton audience. Ce qui compte est ta propre moyenne : calcule-la sur six mois, puis regarde qui se situe nettement en dessous. Un déposant très en retrait sur ce ratio ne signale pas forcément un problème de sa part, mais souvent un écart entre ce qu'il envoie et ce que ton audience achète, ce qui se corrige par des critères d'acceptation plus précis.
Rien ne l'impose, et ce n'est pas toujours pertinent. Un déposant dont les pièces s'écoulent vite et qui sollicite peu coûte nettement moins cher à traiter qu'un autre dont le stock dort : un taux plus favorable est alors justifiable économiquement et constitue un argument de fidélisation. La condition est de fonder cette différenciation sur des chiffres et de pouvoir l'expliquer, plutôt que de l'improviser au cas par cas.
Commence par cadrer avant d'envisager de rompre. La plupart des relations chronophages le sont parce que rien n'a été défini : rythme des reversements, canal et fréquence des échanges, méthode de fixation des prix, sort des invendus. Un document d'une page, envoyé une fois, règle l'essentiel. Si le comportement persiste malgré ce cadre et que la commission encaissée reste faible, la question de continuer se pose légitimement.
Six mois constituent un bon compromis. Une période plus courte est faussée par la saisonnalité et par les pièces encore en vente, une période plus longue mélange des conditions qui ont changé. Refais l'exercice deux fois par an, idéalement avant les deux temps forts de l'année, en septembre et au printemps : c'est le moment où les décisions de critères et de conditions ont le plus d'effet sur les mois qui suivent.
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